RDC : si la MONUSCO est incapable  d’imposer la paix, elle devrait se retirer au lieu d’exposer inutilement ses agents (Prof Mughendi)

Si la MONUSCO est incapable de s’adapter, il vaut mieux qu’elle se retire au lieu de servir de prétexte aux manifestations populaires. C’est le point de vue du Professeur Nissé Mughendi, directeur du Bureau-Centre sur la Paix et la Sécurité, BCPS. Pour lui, les manifestations populaires exigeant le départ de cette dernière sont justifiées par la déception de l’attente du peuple et l’inadaptation de cette mission aux enjeux de l’heure. 

Depuis la création de cette mission onéreuse des Nations Unis à aujourd’hui, plus de 20 ans après, les enjeux et les acteurs ont déjà changé  mais, la MONUSCO garde la même stratégie sans résultat. Ce qui explique cette déception populaire, explique le Professeur Nissé Mughendi.

« Si l’idée de départ, lors du déploiement de la MONUC, il y a avait un cessez le feu en 1999 qui justifiait le déploiement des observateurs pour venir surveiller ou superviser le cessez le feu. Un cessez-le-feu entre les Etats étrangers qui se battaient en RDC. Il fallait l’adapter au comportement des groupes armés qui étaient parrainés par ces Etats-là. C’était des rebellions plus ou moins organisées qui pouvaient respecter dans une certaine mesure, un certain nombre des normes et des règlements, un peu d’ailleurs, le droit international humanitaire, un peu. Car c’était des rébellions bien structurées. De plus en plus, il y a des groupes rebelles difficiles à contrôler et dont on ne sait pas si les chefs connaissent déjà l’existence de ce droit international humanitaire. Et qui plus est, il y a des groupes armés qui n’ont quasiment  pas de structures ni d’interlocuteurs. Il y a les ADF à Beni, des groupuscules nées des anciens groupes mai-mai. La mission onusienne ne s’est pas adaptée. Elle se comporte comme si elle venait surveiller un cessez-le -feu alors qu’elle se trouve sur un terrain où il faut faire la guerre. », explique le politologue.

La présence de la MONUSCO  a souvent servi comme anesthésie pour le gouvernement congolais. Car il compte beaucoup sur elle pour certains appuis  comme à la police et pour des déplacements dans certaines régions. « Son départ permettrait de mettre le gouvernement face à ses propres responsabilités »,  souligne l’expert des questions sécuritaires de la région des Grands-Lacs. Il regrette, néanmoins, le fait que les politiciens usent de mécontentement pour détourner les revendications du peuple au lieu de les subir eux-mêmes comme gouvernants.

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