RDC: retour du M23 la veille d’une intervention de l’armée ougandaise, une diversion pour desserrer l’étau des FARDC sur les ADF?  (podcast Prof Nissé Mughendi )

Des faits et théories pour Balume n°4 :

Le retour du M23 la veille d’une intervention de l’armée ougandaise en RDC. On le croyait mort en 2013 !

Massacres à Beni depuis la défaite du M23, attaques surprises à Bukavu le 3 novembre 2021, escarmouches entre les armées congolaise et rwandaise à Shegera le 18 octobre 2021 dans le territoire de Nyiragongo, offensives du M23 niées puis confirmés à Ndiza, Runyonyi et Chanzu le 7 novembre 2021, puis à Bukima et à Nyenyesi respectivement le 20/11/2021 le 21 novembre 2021…Est-ce le retour de la grande déstabilisation de la RDC après l’usure réalisée par une centaine de groupes armés ? Mais, qui a ressuscité le M23 et pourquoi il charge maintenant ?

Bienvenue à ce numéro 4 des faits et théories pour Balume, ces faits qui questionnent les théories.

Les dernières tentatives de déstabilisation de la RDC par des menaces directes sur les grandes villes historiques des Kivu, Bukavu et Goma, par des groupes armés aux apparences bien organisés semblent devoir s’interpréter comme des manœuvres de diversion visant à desserrer l’étau des FARDC sur les ADF à 300 km plus au nord, au moment précis où l’Ouganda fait pression sur Kinshasa pour obtenir l’autorisation d’intervenir directement au Nord-Kivu et en Ituri, un espace géopolitique où les intérêts de l’Ouganda sont en rivalité avec ceux du Rwanda depuis 21 ans. En témoigne la mobilisation du Rwanda pour probablement renforcer aussi sa présence militaire sur ce terrain géopolitique.

D’un côté, au Nord-Kivu, les anciens du CNDP, héritiers du RCD-Goma historiquement proche du Rwanda, forts d’un accord de paix signé avec le gouvernement congolais, ont refusé d’être déployés loin du Kivu et constituent depuis, l’essentiel des officiers et soldats des régiments à efficacité peu éprouvée dans la guerre contre l’ADF qui massacre des populations civiles à Beni. De l’autre, côté ougandais, le M23, hériter du CNDP, s’est replié en Ouganda depuis sa défaite en novembre 2013 face aux FARDC et à la Brigade onusienne d’Intervention, dans un contexte où le Rwanda était sommé par ses partenaires internationaux de retirer son soutien avéré à ce groupe armé. Mais, alors que depuis la défaite de ce groupe armé sur le sol congolais, le négociateur congolais avait jugé inopportune la continuation de la négociation avec un mouvement déjà défait et auto-dissout le 5 novembre 2013, le gouvernement congolais lui a redonné de l’importance en signant subrepticement le même accord, sous la forme de trois engagements séparés, à l’occasion de la journée nationale kenyane le 12/12/2013. Depuis, le M23 a repris du poil de la bête en redevenant un interlocuteur exigeant face au gouvernement congolais. Grâce au gouvernement congolais lui-même, le M23 a reçu désormais l’opportunité de trouver de nouveaux prétextes pour relancer la guerre en RDC.

Ce résultat des négociations entre RDC et M23 déroute toutes les versions de la théorie structurale de la négociation, qui postule que le contenu d’un accord traduit le rapport des forces qui pré-existait au moment de la négociation.  Il trouve plutôt son fondement dans la négomanie du gouvernement congolais, cette tendance à recourir de manière privilégiée à des solutions négociées même lorsqu’il existe une solution militaire. Attention, contrairement aux négociations de paix qui imposent des sujétions écrites au vaincu, l’accord avec le M23 a imposé des sujétions au vainqueur !

Prochain rendez-vous d’analyse : la MONUSCO cherche-t-elle à tout prix à anesthésier l’UPDF à Beni-Irumu ?

A très bientôt !

Contestation du Rapport Mapping par Paul Kagame : Félix Tshisekedi se montre plutôt galant mais ferme, « une main de fer dans un gant de velours »

Des faits et théories pour Balume n°3 :

Rapport Mapping: Afro-colonialisme rwandais vs néo-nationalisme congolais?

17 mai 2021 : Paul Kagame dénigre le premier congolais « Prix Nobel de la Paix » et critique le rapport Mapping où le Rwanda et ses hommes de main sont cités dans la commission des crimes de guerre en RDC ; des Congolais s’énervent et réclament une réaction vigoureuse de leur gouvernement ; le Président congolais, Felix Tshisekedi finit par réagir, sur un ton diplomatique et élégant. Comment décrypter cette actualité et quelles leçons en tirer ?

Bienvenue à ce numéro 3 des faits et théories pour Balume, ces faits qui questionnent les théories et en déroutent plus d’un.

En fait, la date que choisit le président rwandais pour critiquer sur un ton colonial le rapport Mappinget vilipender l’image très consensuel de Dr Denis Mukwege, devenu une icône (nationaleet internationale) porte-étendard du lobbying pour juger les crimes commis en RDC, est la date de l’entrée à Kinshasa de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération à Kinshasa en 1996 : en d’autres termes, la célébration de la victoire militaire du Rwanda sur la RDC (à l’époque Zaïre), le jour où le Rwanda a remplacé le Zaïre (RDC) comme nouvelle puissance majeure dans la région des Grands Lacs et acteur géopolitique de premier plan dans toute l’Afrique Centrale. Le choix bizarre de cette date la moins glorieuse de l’histoire de l’armée nationale pour célébrer « la Journée de l’armée nationale» (que celle-ci s’appelle « Forces Armées Zaïroises (FAZ) », « Forces Armées Congolaises (FAC) » ou « Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) » s’explique largement par l’emprise (domination) ou la séduction involontaire(soft power) que le Rwanda a continué d’exercer en RDC sur la classe politique issue de l’AFDL, sa créature, ainsi que sur les ressources extraites à l’état brut sur le territoire congolais mais enregistrées au Rwanda comme faisant partie de la production nationale rwandaise, exactement comme l’était le système colonial. Ce contexte « afrocolonial » justifie aussi que le colonisateur s’invite, ou se laisse inviter, sur le territoire du colonisé pour y rétablir la paix et l’ordre chaque fois que le colonisé a, volontairement ou involontairement, besoin de l’expertise du colonisateur.

On se souviendra que la classe politique congolaise a, après l’assassinat de Laurent désiré Kabila, continué à développer son discours virulent vis-à-vis des anciennes puissances occidentales coloniales tout en laissant le Rwanda développer son influence à l’intérieur de la RDC. L’avènement de Felix Thisekedi a maintenu, voire promu, les bonnes relations avec le Rwanda et rétabli les relations de partenariat avec les puissances occidentales, jusqu’à l’incident provoqué par le discours de Kagame et qui obligeait le président congolais FélixThisekedi à réagir.

Beaucoup de congolais en ont appelé à une réaction virulente ; le nouveau président congolais s’est montré plutôt galant mais ferme, consacrant « une main de fer dans un gant de velours », si du moins sa réaction est sincère : « soutien à Dr Mukwege comme fierté nationale », soutien à la crédibilité du rapport Mapping écrit par des « experts » internationaux indépendants, souci de ne pas embraser la région par des discours discourtois…Il a pris de la hauteur face à Kagame dont les propos discourtois, pris sur un ton colonial et une position coloniale, a réveillé le nationalismevisiblement ancré en tout congolais.

Ainsi se termine un épisode de « Chickengame» plutôt galant  où la RDC a refusé de faire profil bas devant celui qui  ambitionnait de devenir, en quelque sorte, son « afrocolonisateur ».